🌊 L’écoute du bassin

Séance de Yin Yoga – 75 minutes

Le bassin : centre de gravité et centre du monde

Le bassin est un territoire d’écoute rare.
C’est là que s’enracinent nos appuis, mais aussi nos émotions, nos désirs, nos instincts les plus anciens.
Zone de stabilité et de fluidité, il unit les deux extrêmes du corps — la terre des jambes et le ciel du cœur.
Quand il s’ouvre, le souffle circule. Quand il se fige, tout se contracte : la respiration, la posture, parfois même la parole.

Dans le Yin Yoga, on apprend à sentir ce centre plutôt qu’à le maîtriser.
À le laisser parler, résonner, se délier à son rythme.
À écouter ce qu’il nous dit de notre manière d’habiter le monde.


1. Entrer dans la présence du bassin

Commencez assis, les yeux clos, les mains posées sur le bas-ventre.
Ressentez le poids du bassin sur le sol. Sa densité, son ancrage.
Puis laissez la respiration descendre jusque-là : imaginez qu’à chaque expiration, vous déposez un peu plus de vous-même dans cet espace.

Le bassin respire, même immobile.
Il s’élargit et se referme au gré des marées internes.
L’écoute du bassin commence ici — dans cette observation silencieuse du souffle intérieur.

Pour les enseignants, cette première étape favorise la régulation du système nerveux et l’ancrage énergétique du dantian inférieur (centre vital en médecine chinoise).


2. Créer de l’espace – Dragon couché ou demi-pigeon Yin (8 à 10 min par côté)

Le bassin s’ouvre doucement, sans chercher la performance.
La posture devient une écoute du flux.
Sentez les hanches se délier, les fascias se réchauffer, la respiration se frayer un chemin à travers la densité.

“Lâchez l’idée d’ouvrir le bassin. Laissez plutôt le bassin s’ouvrir de lui-même.”

Cette attitude d’accueil transforme la pratique : le corps s’autorégule, les tissus trouvent leur voie d’assouplissement sans tension.


3. Le bassin comme berceau – Papillon ou Supta Baddha Konasana (10 min)

Allongé, les plantes de pieds ensemble, laissez le bassin s’abaisser vers la terre.
Le cœur se détend, le ventre respire.
Le bassin devient un berceau, un espace d’accueil.
Sentez les battements de la vie dans cette zone : parfois une pulsation, parfois un vide, parfois une simple chaleur.

En médecine traditionnelle chinoise, cette posture nourrit le Yin du Rein et favorise la libre circulation du Qi dans le petit bassin.
Elle réveille la sensibilité pelvienne, souvent endormie par les postures assises de notre quotidien.


4. Le souffle du bassin – Cygne endormi / sleeping swan (5 à 7 min de chaque côté)

Dans cette posture, la hanche s’ouvre en profondeur.
Mais l’intention n’est pas d’aller plus loin — c’est d’écouter autrement.
Le bassin ne se “détend” pas par effort ; il s’adoucit par confiance.
C’est dans cette nuance que se cache l’intelligence du corps sensible.

“Respirez dans le bassin comme on respire dans une terre fertile : patiemment, avec respect.”

Les professeurs peuvent inviter ici à observer la symétrie subtile du souffle : un mouvement d’expansion à l’inspiration, de retour à la terre à l’expiration.


5. Le bassin résonant – Twist allongé + posture de l’enfant soutenue (12 min)

Ces deux postures permettent au bassin d’intégrer la détente :

  • Dans la torsion, il respire latéralement, s’adapte, relâche.
  • Dans l’enfant, il s’enroule sur lui-même, retourne au silence.

Cette alternance favorise la proprioception fine du plancher pelvien, l’équilibre entre tonicité et relâchement.


6. Savasana – Laisser le bassin redevenir mer intérieure (15 min)

Allongez-vous.
Sentez le bassin comme un lac calme où viennent se refléter vos émotions.
Aucune volonté, aucun contrôle.
Juste la sensation d’un espace habité, vivant, prêt à accueillir le mouvement de la vie.

Dans cet abandon, les couches profondes du corps se réorganisent : fluides, énergie, perception.
Le bassin retrouve sa place de centre, non pas de force, mais de présence.


7. Revenir à soi

Revenez lentement.
Sentez le sol sous vous, la densité, la chaleur.
Puis laissez ce contact descendre jusque dans vos gestes, vos mots, vos choix du quotidien.
Quand le bassin écoute, tout le corps devient juste.


En résumé

Écouter le bassin, c’est renouer avec la sagesse du vivant.
C’est redonner au corps sa voix, à la terre son rôle de soutien, et au souffle son mouvement originel.
Cette écoute subtile transforme la pratique du yoga : elle ne cherche plus à ouvrir, mais à relier.
À habiter ce que l’on est — pleinement, sensiblement, vivamment.rière quotidienne.
Une danse lente entre la constance et le lâcher-prise.

Sandrine SavatierExploratrice du corps vivant – entre souffle, suspension et toucherYin Yoga • Fascia • Yoga Aérien & Shiatsu

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