Le blues après la beauté

Ce que cela touche en moi — et chez toutes les personnes qui tiennent des espaces sensibles

Il y a, après certaines séances, un moment que je n’avais jamais vraiment nommé.
Un moment discret, presque secret, qui arrive souvent lorsque je ferme la porte du studio, que les tapis sont rangés, que l’air retombe, que le silence revient après tant de souffle partagé.

Ce moment, c’est une sorte de flottement.
Une nostalgie douce.
Une vague qui descend.

Pas de tristesse.
Pas de manque.
Juste un écho.
Comme si la beauté vécue quelques minutes plus tôt avait laissé une résonance dans mes tissus.

Longtemps, j’ai cru que c’était simplement de la fatigue.
Puis j’ai compris que cela touchait quelque chose de beaucoup plus profond.


🌙 1. Ce que cela vient toucher dans mon être

Une hypersensibilité assumée

Je me laisse traverser par ce qui circule dans une salle : les respirations, les silences, les micro mouvements, la confiance qui se dépose, les tensions qui se relâchent.
Quand j’ouvre un espace, je n’y mets pas seulement des postures ou une thématique :
j’y mets mon écoute, ma présence entière, mon histoire sensorielle.

Et quand tout se termine, mon corps met du temps à revenir à un état plus “densifié”.
Je reste imprégnée de ce champ subtil que nous avons créé ensemble.

Une mémoire de l’éphémère

Chaque séance est un moment unique, une rencontre qui ne se rejouera jamais tout à fait.
Il y a dans cette unicité quelque chose de bouleversant : un présent intensément vivant… qui disparaît aussitôt vécu.

Je crois que ce blues est la trace laissée par cette rareté.

Un besoin profond de lien

Ce que je vis dans ces espaces — cette qualité d’attention, de douceur, d’écoute — résonne avec ce que mon être cherche depuis longtemps : un lien vrai, non vernis, non bruyant, un lien qui passe par le corps, la présence, le subtil.

Alors oui, quand la salle se vide, une part de moi ressent ce petit retrait.
Non pas parce que le groupe me manque, mais parce que je quitte un état d’alignement précieux.


🌿 2. Ce que cela dit de celles et ceux qui facilitent

Très vite, j’ai compris que je n’étais pas seule.
Toutes les personnes qui tiennent des espaces sensibles connaissent ce passage.

Les professeurs de yoga.
Les thérapeutes du corps.
Les accompagnants somatiques.
Les praticiens du toucher, de la respiration, du mouvement.
Les personnes qui guident des cercles, des retraites, des ateliers du vivant.

Parce que nous vivons dans un état d’accordage profond

Durant une séance, nous devenons à la fois soutiens, témoins, canaux, espaces.
Nous portons une attention large, diffuse, vibrante.
Nous respirons avec le groupe.
Nous sentons les changements de densité, de tonus, de température émotionnelle.

Ce que nous faisons est subtil et demande une présence particulière : un mélange de porosité et de solidité.

Parce que tenir l’espace est un acte relationnel

Nous recevons des choses qui ne sont jamais dites.
Nous percevons des mouvements internes.
Nous accompagnons des transformations invisibles.

Et même si nous ne “prenons” rien émotionnellement, notre système nerveux, lui, participe.
Il s’accorde.
Puis il doit se désaccorder.

Parce que l’intensité est réelle

Ce que nous offrons est profond.
Ce que nous recevons l’est aussi.

La redescente n’est pas une faiblesse.
Elle est la preuve d’un engagement sensible.


💠 3. Le blues après la beauté : une porte d’entrée vers une hygiène émotionnelle

Plutôt que de le voir comme un inconfort, j’ai appris à l’honorer.
À l’écouter comme on écouterait un écho.
À l’accueillir comme on accueillerait la fin d’un chant.

Ce blues-là dit :

« Tu as créé un espace qui comptait. »
« Quelque chose de vivant a eu lieu. »
« Tu t’es laissée toucher autant que tu as touché. »

Il nous rappelle notre humanité.
Notre sensibilité.
Notre façon d’aimer le monde par le corps.

Il nous invite à ralentir.
À refermer doucement les portes énergétiques.
À atterrir avec délicatesse.


✨ 4. Apprendre à prendre soin de l’après

Pour revenir pleinement à moi après une séance, j’ai créé de petits rituels :

  • une gorgée d’eau chaude
  • une lumière tamisée
  • un geste lent (plier une couverture, masser mes mains…)
  • une phrase intérieure :
    « Reviens, doucement. Tu peux laisser partir ce qui appartient au groupe. »
  • parfois une marche courte
  • parfois l’écriture de trois lignes pour laisser s’évaporer le trop-plein subtil

Ces gestes minuscules m’aident à revenir à ma propre structure.


✨ 5. Ce blues est un hommage

Aujourd’hui, je ne le redoute plus.
Je le remercie presque.

Il est la preuve que ce que je transmets ne se fait pas à distance.
Il dit que je suis vivante, sensible, poreuse, présente.
Il dit que je m’engage.
Il dit que je suis touchée.

Et peut-être que c’est ça, la vraie beauté :
la cicatrice lumineuse laissée par chaque moment de grâce.

Horaires pour me joindre

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